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code EAN :
9782351222751


Parution : 11/02/2021
Format 13X20
352 pages
20 euros

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Danse avec l'hydre

André Bonmort

L’hydre, créature de mort qui happe et dépèce toute proie se hasardant à sa portée; principe de vie dont chacune des sept têtes se régénère aussitôt tranchée.
Et la danse? Séduction ou combat? Étreinte amoureuse ou étreinte mortelle? Portée par la cadence de l’écriture, elle défie les maux qui impactent notre temps et interpelle un monde en bascule qui voit contestés les drapeaux arrogants de la raison du plus fort et vaciller sur ses fondations la vieille vulgate mercantile.
Si le lyrisme s’allie à la satire et à la critique sociale, il ouvre aussi sur les plus claires perspectives, revendique les sens comme instruments de connaissance, et la poésie et la littérature pour forces de résistance.
En insistant contrepoint, court un questionnement sur la langue et ses usages: langue étatique, elle anesthésie, verrouille; langue poétique, elle éveille, libère…

Les sept premiers livres d’André Bonmort élaborent le récit d’une conscience en rupture appelant à une autre grille de lecture de notre temps. Ils visent à briser les schémas mentaux dominants et, rétablissant dans ses droits la cohésion du vivant, à redonner voix à la part fragile du monde. En une démarche inédite, l’auteur convoque ici ces écrits pour en extraire de nouvelles synergies.

 

Extrait :

Sur le globe
Des Varègues des Vikings des Burgondes et des Bulgares de la Volga,
Humboldt Tasman Magellan et Vasco de Gama,
Des Vandales des Angles des Jutes et des Suèves,
Stanley Diaz Colomb Behring et Torres,
Et dans chaque expression de chaque visage, au louche d’un œil au sourd d’un front à la lame d’une lippe au pilon d’un maxillaire
Dans chaque sillage de navire, de caravane, chaque battement de rame chaque claquement de fouet elle s’avance en déferlante
La beuglante barbaque
Ses remous épais dans mon bulbe après ces siècles de Grandes Invasions Grandes Migrations Grandes Découvertes
Son tour du monde en pavane pour aboutir là,
Horrifiante harde
La horde la tribu la troupe la bande le clan l’équipage pour aboutir là,
Battre là, pulser là,
Fomenter vitupérer sa vieille hargne sur les brisants de mon crâne.

L’hargneuse naufrageuse toujours mes rochers atomisés sous son boutoir
Toujours mes écueils ballottés comme fétus de paille
Toujours ma rocaille en racaille mes récifs étocs se désagrégeant à sa crête hululante
Et l’instant suivant l’onde torve, le clapot de son moutonnement submerge l’atlas trop plat de mon anatomie
Investit mon corps tout entier l’usurpe le maraboute de fourbes ressacs et tourbillons troubles.

Des Alains des Normands des Perses des Teutons,
Des Polo des Pizarro des Carpini des Eriksson,
Mes ancêtres et avant eux leurs ancêtres comme avant eux leurs ancêtres poussant sur la Terre leur interminable houle,
Chaque grève chaque vallée chaque plateau poissé souillé
Puis borné découpé répertorié
Et par inévitable contagion de cet imbécile élan non seulement mes os mon squelette
Non seulement mes muscles tendons ligaments
Non seulement ma peau mes organes, mais mes territoires mentaux profanés maculés
Et sitôt circonscrits parcellisés cadastrés.

J’ai beau dresser des barricades sur mes pédoncules cérébraux
Semer de pièges mes tubercules mamillaires,
J’ai beau m’accrocher avec la dernière énergie à mon nerf pathétique
Batailler d’estoc et de taille sur le pont de Varole,
L’ennemie est dans la place,
Corps calleux incrusté durillons d’idées fixes et rancœurs soudées
Entendement mal entendant
Esprit étroit pratique chagrin lent,
Ces signes-là ne trompent pas, ils la disent la disent la disent
La bêtise.