Éditions

code EAN :
9782351221655


Parution : 24/10/2017
format 13x20
144 pages
12 euros
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Beffroi

Yann Bourven

«Réalité-jour»: la  sauvagerie marchande gouverne le monde, s’appuyant sur ses suppôts,  la société tragilibérale, la Sainte Flibanque… Pour lui échapper, Alan Beffroi cherche résolument refuge dans sa «Réalité-nuit»: la dérive nocturne dans la ville, les rencontres improbables, le dérèglement…
«La Réalité-nuit c’est oublier sa vie d’avant, sa vie d’asservissement.»
Et quand, sous les coups de boutoir de l’imaginaire, les réalités s’inversent, le jour se délite et la nuit prend le pouvoir.
«On dit que toute l’Europe occidentale est touchée. Plongée depuis 96 heures dans le noir complet.»
Voici Beffroi en cavale avec un enfant dangereusement halluciné et une belle Anglaise revancharde dans un monde sens dessus dessous qui n’est peut-être que l’expression de sa propre tempête mentale. Et –au risque de retomber en servitude– pas d’autre choix que d’aller au bout de cet élan créateur. Pas d’autre choix que de s’affirmer poète en rupture dans un monde sans poésie.

«Roman d’action poétique», ou encore «roman d’aventure intérieure», ce texte transgressif affirme la primauté de la liberté du créateur et sa capacité à influer par sa vision sur le monde qui l’entoure.

À moins de 40 ans, Yann Bourven publie son huitième roman, poursuivant livre après livre l’exploration d’une «poésie-vérité» qui fait advenir par la seule puissance du verbe le réel véritable si souvent masqué par les artifices d’une réalité truquée.

Presse :

Des références littéraires: Céline, Kafka; cinématographiques: Robert de Niro en particulier et aussi musicales, Joy Division, Happy Mondays.
Un vocabulaire inventé et collant au texte, la Sainte Victimisation, l’homme Penché, La Sainte Flibanque.
Une œuvre sombre, prémonitoire? L’avenir nous le dira! Un texte original que j’ai beaucoup aimé. On trouve parfois quelques touches d’un humour noir et grinçant
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Yvon Bouëtté - Eireann

 

Extrait :

Destruction totale de la Réalité-jour! Tel est son objectif, à Alan Beffroi, histoire d’atteindre au plus vite l'autre rive: le monde oublié, le pays saturé de rêves organiques, de taules froissées et d'Ombres perverses, cette société éclairée par la Lune avorteuse, ce territoire infini que l’on nomme Réalité-nuit! Il rêve souvent d’elle… Il a même écrit quelques lignes plutôt valables à ce propos… Oui, Alan croit dur comme fer à la Réalité-nuit… C’est tout à fait envisageable… Il est même persuadé qu’elle a déjà sévi ici-bas. Les témoins sont légion!… du moins, je crois… j’en ai pas vraiment rencontré perso, mais j’en ai entendu parler, en vrai je veux dire, pas seulement dans mes rêves… Un beau jour, j’enquêterai là-dessus… Une chose dont je suis quasiment sûr: pour la faire renaître il suffirait de retrouver les différents éléments clés (organes oniriques, tissus poétiques, os nocturnes, peaux enragées, etc.) éparpillés sur cette foutue planète puis de les réunir afin de recréer ce géant convulsif, ce broyeur de résignations que l’on nomme Réalité-nuit!
Alan Beffroi écrit, creuse, cartonne inlassablement son inconscient, mais pour les gens il n'a jamais rien foutu de sa vie, il a juste publié de vagues livres poétiques, des romans un peu déréglés, mais dans ce monde ça ne compte plus… Ouais, on ne lit plus, c’est clair! pense-t-il à voix haute. En revanche, les faux ouvrages éclatent comme des pustules créées de toutes pièces par la Sainte Flibanque; le pouvoir bavard sponsorisé par la sauvagerie marchande saupoudre astucieusement la Vie sociale de ses livres-logiciels écrits par des fonctionnaires et des journalistes aux ordres qui nous opiacent les sens, leur discours nous tartuffe le ventre, jusqu’à nous faire vomir bile cynique! Ah la belle escroquerie! L’inversement prodigieux! Je reste caché? C’est la marge forcée? La Grande Guerre! Tu veux m’y remettre, dans les tranchées? Salope! Cacographe! Suceuse! Copie-colleur! Alors et toi, Alan, t’es où mon con! T’as beau critiquer, marmonner, écris, plutôt! Continue! Chemine! Mes bouquins, mes petits monstres, vous allez rouiller si vous ne partez pas en mission mes avions de chasse! Vivement la guerre! Allez-y mes petits! Bombardez! Bombardez cette ville-chienne peuplée d’enfants bavant sous des planchers cirés, de résignés, d’assis mal embouchés, de flibanquiers, d’héritiers créas, de petits cataclysmes postmodernistes aux jambes arquées pleurnichant dans nos fêtes, de vieillards sans mémoire qui s’impatientent et portent plainte contre X, de couples lassés se branlant en mélos fades, de jus vite bus, de fruits pourris étalés sur la chaussée, d’alarmes sauvages balancées contre les murs! Ville-chienne! Ouaf! Mélos! Ville-chienne! Ouaf! Tragédie-city! Ouaf! Ouaf!...
 Qu’est-ce que vous dites? Vous vous sentez bien, jeune homme?
 Oui ça va, monsieur l’agent. Bonne journée, monsieur l’agent.