Éditions

code EAN :
9782351221631


Parution : 10/10/2017
format 13x20
144 pages
12 euros
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Karma X

Sandrine Rotil-Tiefenbach

Une jeune femme fantasme sur un homme entrevu dans un bar. Le désir devient bientôt obsessionnel, et s’étend à tous les hommes…
Mais entrecroisant dans son délire amoureux les fruits défendus de son imaginaire, les bribes d’une réalité magnifiée, des éclats de mémoire enfantine et le scénario d’une histoire qui s’écrit, la narratrice est-elle réellement la «possédée» qu’elle prétend? Ou plutôt, s’abandonnant sans tabou à l’éveil des sens, une «délivrée» qui dessine, sous couvert d’une pseudo-confession intime, un authentique autoportrait du désir féminin universel?
Ce cocktail de fièvre abrasive et de candeur limpide hisse vers les hauteurs de la littérature un texte où il n’est plus dès lors possible de voir un simple livre de genre, tant l’érotisme –pourtant livré à l’état brut– est ici comme clarifié, dépuré, et nous entraîne irrésistiblement du côté de l’âme.


Sandrine Rotil-Tiefenbach, romancière, poète, illustratrice, peintre et photographe, est l’auteur de J’air, roman (éditions Michalon); Dernière fin du monde avant le matin, poésie & aquarelles (éditions Mélis) et Grise, roman (éditions Sulliver). Elle signe également nouvelles, chroniques, poèmes ou images au sein de différents anthologies et collectifs, reconnus ou underground. Karma X est une nouvelle édition de son premier roman, paru initialement sous le titre Sarah K 477 (éditions Que).

Extrait :

Parfois, je n’y pense plus du tout. Pendant quarante-neuf secondes au moins. Je me suis chronométrée. Le reste du temps, ça peut poser quelques problèmes. Au travail, notamment. Tout va bien, tout est comme d’habitude, et puis d’un seul coup, j’ai des images de chairs mélangées qui me viennent dans la tête. Après c’est fini. Je reste comme ça pendant toute la journée, avec mon ventre qui brûle. C’est très difficile, parce que toute la journée, il y a des gens qui me parlent et je suis bien obligée d’être aimable si je ne veux pas perdre mon travail. Alors je leur réponds en faisant comme s’ils n’étaient pas là. Des clientes vont essayer un pantalon dans la cabine. Le pantalon ne leur va pas. Elles me demandent une autre taille. Je la leur donne. Elles repartent avec un chemisier. Je me dis en les regardant qu’aucune n’est aussi belle que moi. Oui parce que comme je suis aux cabines, je me vois très souvent dans les glaces. J’ai une taille de nymphe. J’ai de très beaux cheveux. Je veux qu’un homme me touche. Je veux que ce soit Arthur.

 

De son index, Arthur écarte les lèvres. Sa langue suit la pente avec lenteur, arrive sur la berge rose. «Je veux goûter ta crème, dit-il, je veux te faire rouler sous ma langue.» Elle gémit un peu, s’ouvre encore, soulève son bassin pour s’offrir davantage.

 

Tout m’amène là. Juste là. Qu’est-ce qu’il m’arrive? Qu’est-ce qu’il m’arrive depuis cette fin d’été qui a réveillé mes sens et pourquoi c’est arrivé? Et pourquoi c’est arrivé comme ça? Un inconnu, qui est le parfait opposé de mon type d’homme, un jour me fait quatre bises. Sans raison apparente. Et moi, moi je ne trouve rien de mieux à faire que de tomber amoureuse de lui.

 

Un doigt s’enfonce en elle. Le murmure, cette fois, s’échappe avant de se déchirer. La langue passe sur un pétale, furtive, s’éloigne, s’attarde dans la mollesse de l’entrejambe. Il la laisse s’agiter, savoure son impatience. Il touche l’entrée de la grotte, à peine, frôle le bouton, redescend, pénètre à l’intérieur où le liquide ruisselle, doux-amer. Il en avale un peu, puis va et vient, lentement, entre les lèvres. Du bout des doigts, elle effleure les coins de sa bouche, où désir et salive se mêlent. Il remonte sur la bille, dressée, épanouie, doucement la lèche. Elle gémit. Alors il engloutit ses chairs humides, commence à sucer. Il retourne au fond, revient, deux fois, trois fois. Une nouvelle ondée coule dans sa gorge.