Éditions

code EAN :
9782351220672


Parution : 18/11/2010
format 15x22
288 pages
22 euros

Otto Dix
Lettres et dessins

Otto Dix

Traduit de l'allemand et présenté par Catherine Teissier

Otto Dix (1891-1969), s'il fut classé parmi les artistes «dégénérés» par le régime nazi, s'est depuis lors imposé comme un peintre majeur, dont la stature posthume ne cesse de s'étoffer.
Le choix de lettres traduites dans ce volume propose un itinéraire parmi plus de trois cents lettres en quasi-totalité inédites en allemand comme en français, accompagnées de nombreux dessins et croquis, écrites durant plus de cinq décennies. Des années vingt de la période d'effervescence créatrice aux années soixante de la reconnaissance tardive et incomplète, en passant par les années trente et quarante de l'exil intérieur et les années cinquante, où le grand peintre cherche sa place dans la société d'après-guerre de l'Allemagne divisée, ces documents apportent un éclairage nouveau et remarquablement précis sur les conditions de travail d'Otto Dix, sur sa conception de la peinture mais aussi sur le rôle que jouaient les liens affectifs et familiaux dans l'existence de l'artiste.

Catherine Teissier est Agrégée d'allemand et docteure en Littérature allemande. Après des études à Paris (École Normale Supérieure de Fontenay-Saint-Cloud) et à Berlin (Université Libre de Berlin), elle enseigne depuis 1994 la langue, la littérature et l'histoire allemandes au Département d'études germaniques de l'Université de Provence (Aix-Marseille I).

Presse :

Peu reconnu, Dix meurt en 1969, deux ans avant sa première vraie rétrospective à Stuttgart et Paris. Ayant toujours refusé de théoriser son art, il a pourtant livré quelques pistes essentielles dans sa correspondance: le regard, la technique, la contemplation sincère, la souffrance sublimée et la tendresse pour ses proches.
Jacques Sterchi - La Liberté

Voici un demi-siècle que ces quelques trois cent lettres attendent de voir le jour. Ce recueil regroupe la vie d’un homme modeste qui se construit dans un pays en pleine répression, d’un peintre qui se livre à femme, enfants, amis, et marchands d’art. Otto Dix, aujourd’hui égérie de l’art dégénéré, est découvert ici comme un être hyper-sensible, passionné, sans sentiment à demi-mesure. [...] Ce livre est tout simplement un document essentiel pour comprendre et apprendre l’auteur même.
Amandine - Publik'art

Un livre indispensable pour chaque amateur de l'art du XXe siècle.
Ulrich Schönleber - ParisBerlin

Ses lettres courtes disent son refus de compromission quant à la réalisation et à la diffusion de son oeuvre. Elles montrent également le lien profond avec sa famille dont il est souvent éloigné, mais aussi son intérêt pour le cinéma, la musique, les bons repas, la nature. [...] Ces trois cents lettres décrivent un homme attachant, parfois brusque, désireux de rendre compte par son travail d'artiste de la vie de son siècle.
Lucie Lehoux - Plume

Traduites par Catherine Teissier, accompagnées de dessins et croquis, ces lettres enrichissent notre connaissance de l'homme, de l'oeuvre et l'éclairent d'un halo bienveillant car l'introduction en souligne les mouvements profonds, familiaux, picturaux et historiques intimement mêlés.
M.G.-G. - Zibeline

Lorsque l’on a été fasciné par l’effervescence créatrice que la République de Weimar a pu connaître, on a pu situer forcément Otto Dix parmi les peintres majeurs. La lecture de ce livre le rend finalement beaucoup plus proche et montre les différentes facettes de cet artiste.
Les Clionautes

 

Extrait :

À Karl Kröner, Radebeul
1er décembre 1958

Cher Karl, ta lettre m'a fait très plaisir, déjà parce qu'il y a encore des gens qui ont le temps d'écrire une vraie lettre.
Je connais précisément l'histoire de Samson depuis ma jeunesse, seulement le père de Samson m'avait échappé. Mais ce qui est très intéressant pour moi, c'est ta remarque que le Mariage de Samson et le tableau de Francfort sont accrochés ensemble. Ce qui reste quand même un mystère, c'est la raison pour laquelle Dalila livre Samson aux Philistins (sans doute une sorte de faim sexuelle de puissance). Dans l'attitude guindée de la fiancée, j'ai toujours noté: I un élément de composition, quelque chose de royal, mais en même temps, II quelque chose de lourdement petit-bourgeois, incapacité à comprendre le génie de cet homme (et en plus la garce est impertinente). l'ange sans aile est une belle idée, à présent grâce à ton explication je comprends également pourquoi le personnage de l'ange est si balourd (terrestre).
Tous mes vœux pour l'année 59.
Meilleures salutations.
Dix


À Martha
Janvier 1959
Samedi

Chère Maman, nous n'avons jusqu'ici reçu aucune nouvelle de toi. Aujourd'hui l'avocat a envoyé l'attestation de divorce pour Jan, je te l'envoie à Munich en recommandé avec les photos. Jeudi nous sommes allés au village l'après-midi, le soir Logeais, Sepp et Guscht ainsi qu'Eliane m'ont traîné à Gaienhofen pour danser, Madame Logeais a gardé la maison. Hegenbarth et sa femme ont envoyé un télégramme de félicitations.
Aujourd'hui est aussi arrivée une lettre d'Ernst Jünger, il a compris seulement maintenant en le lisant dans le journal qu'il était assis à table à côté de moi et il regrette beaucoup de ne pas l'avoir remarqué. d'ailleurs pendant la cérémonie il n'a pas non plus compris le nom des autres personnes.
J'espère que ce n'est pas trop ennuyeux là-bas.
Salutations affectueuses de tout le monde.
Papa


À Monsieur Conzelmann, à propos de son livre
15 septembre 1959

Il faut toutefois que vous considériez que les éditions Fackelträger sont financées par le SPD, et les socialos sont tout aussi bornés que le CDU. De nos jours, on manipule et on falsifie partout, la grande mode, c'est de renier ses actes (voir George Grosz). Je ne comprends pas bien: vous aviez entrepris dès le début de ne pas écrire en «savant», et vous y êtes parfaitement arrivé, mais votre travail est sans doute tout de même trop profond pour ces gens. d'un autre côté, une maison d'édition «bourgeoise» n'oserait jamais éditer aujourd'hui un livre sur moi. Et bien sûr, Löffler est obligé de faire des phrases à l'emporte-pièce, il ne peut sans doute pas s'en empêcher.