Éditions

Éditions Sulliver : actualité

En exergue

«Depuis que le monde du travail m’avait dérobé à mes parents, à ma vie d’enfant et de famille, j’étais pour ainsi dire mort, et je ne voulais qu’une chose, vivre, car j’en avais marre de mourir vivant, assis à un bureau en placoplâtre; j’attendais le jour où la grande porte s’ouvrirait, où le coup de pied au cul me jetterait sur le trottoir rejoindre la collection de gens à la rue – la CGR –, et où je verrais enfin le jour m’ouvrir grand ses bras.»
Mathias de Breyne, Mourir avec son temps

Guérilla solo

Chair à canon, bois dont on fait les flûtes, ici un adolescent halluciné se laisse étriper pour défendre deux mètres de barbelés, là des affamés aux os saillants tombent sous les balles de leurs frères.
Ici l’on survit ou l’on meurt au gré des blocus, des cours des métaux, des produits céréaliers, des humeurs! Là les mornes lignées de femmes fermées, verrouillées, après avoir été tant et tant écartelées; demi-folles hébétées que des centaines de soudards ont transpercées de leurs dards!
La guérilla des poètes

L’être humain est double. Il aurait pu tirer avantage de cette propriété. Exalter sa gémellité, la ramifier… La femme est demeurée une annexe de l’homme. Accroché à son pénis de toute la force de ses biceps, le mâle de l’espèce a interdit la sortie de la grotte. L’histoire de la femme – la «petite histoire» – n’est qu’un long Moyen Âge. Qui remonte au Déluge…
Insurrection du verbe être

... menace tenace je suis l’arbre tu es l’allumette tu es le mégot qui embrasez comme étoupe ma sécheresse je suis le ciel tu es le nuage atomique évadé d’une centrale qui surfes sur la vague de mes vents je suis le gène tu es le bookmaker du vivant qui me truques sans scrupules et sans modération...
La citadelle Espérance

Détache ta ceinture de sécurité et ton pied du plancher
Détache ton regard de l’écran glauque où tu as vu cent fois la beauté se noyer
Détache une à une comme des tiques les antennes satellites dont la technostructure a hérissé ton crâne
Détache les sangsues d’élevage dont les politiques t’ont institué l’aliment synthétique
Débranche les endoscopes et les palpeurs des sondeurs, dérègle les thermostats de la culture climatisée.
Ils ont tué l'albatros

Le livre et ses chaînes

Probablement la fameuse "chaîne du livre" est-elle un peu rouillée. Ou bien des maillons forts ont-ils trouvé le moyen de l'utiliser à leur profit exclusif. Toujours est-il qu'il nous faut bien l'admettre, ainsi que des lecteurs nous le font régulièrement observer : noyés sous le flot du Grand Consensus, nos livres sont bien peu visibles dans les colonnes des journaux comme sur les tables des librairies.
Vous qui nous rendez visite sur ce site, si vous y avez trouvé ce que vous étiez venu(e) y chercher, alors un mot, un lien, un conseil de lecture adressés à un ami, à une connaissance que vous saurez sensibles aux valeurs et aux textes que nous défendons et ce maillon d'attention et de partage pourrait être l'amorce d'une nouvelle chaîne. Une chaîne autrement fiable. Résistante!
 

Toujours d'actualité

«Une langue morte n’est pas seulement une langue qui n’est plus parlée, ni écrite, c’est aussi une langue rigide qui se mire avec satisfaction dans sa propre paralysie. Comme le langage étatique, censurant autant que censuré. Acharné à remplir ses devoirs de maintien de l’ordre, il n’a d’autre désir ou dessein que d’entretenir l’expansion enivrante de son narcissisme exclusif et souverain. Bien que moribond, un tel langage n’est pas sans effet, car il contrecarre activement le fonctionnement de l’esprit, esquive la conscience, étouffe le potentiel humain.»
Toni MORRISON

«Toute littérature est assaut contre la frontière.»
Franz KAFKA

«On n’écrit de livre «digne» que: 1) si l’on pense que les livres sur le même sujet ou sur un sujet voisin tombent dans une sorte d’erreur globale (fonction polémique du livre); 2) si l’on pense que quelque chose d’essentiel a été oublié sur le sujet (fonction inventive); 3) si l’on estime être capable de créer un nouveau concept (fonction créatrice).»
Gilles DELEUZE

«Je reste absolument persuadée que les bons livres concernent un très large public et que c’est pur mépris du peuple de penser que seules des fabrications de bas étage font la graine des best-sellers. Mais il est de la responsabilité de chacun de lutter pour que cette diversité subsiste et que ceux qui la font exister puissent trouver un équilibre économique. La création artistique et littéraire s’est toujours faite contre les forces dominantes de la société et cela n’a pas changé. La censure n’est plus aujourd’hui le fait du prince – elle est économique.»
Colette LAMBRICHS