Éditions

Éditions Sulliver : actualité

En exergue

«Viens, Adela, viens! On n’a qu’à oublier, oublier que je travaille, que je fais du social. Oublier ce qui nous sépare. On n’a qu’à oublier que tu es une petite fille roumaine qui essaie de vivre en France avec ses traditions. On n’a qu’à oublier que tu ne vas pas à l’école. On n’a qu’à oublier que je ne peux rien faire pour toi, que tu ne peux rien faire pour moi.»
Rozenn Guilcher, Déshabiller nos solitudes

Guérilla solo

Le monde est admirablement bouclé. Quelques idées généreuses naissent encore de temps à autre, ça et là, mais leur géniteur est immédiatement happé par les bouches, tellement avides de «nouveautés»… et promptement mis en pièces. Puis digéré. Les rares racines subversives du langage qui pourraient subsister sont méthodiquement extirpées. Le terreau de la pensée traité au désherbant sélectif. Un abat-jour plombé a efficacement mis en veilleuse les flamboyantes perspectives du siècle des Lumières. Éteignez Voltaire, Diderot et d’Alembert! Débranchez Kant et Hume et tous les despotes éclairés!
L'âge de cendre

«La Femme», oui. Mais qu’est donc une femme? La putain qu’on vend? La vierge qu’on viole? L’égale qu’on ignore?… Un four? Un puits? Un corridor?… Un dedans ne vaut-il pas un dehors? Ou bien le repos du guerrier justifie-t-il toutes les meurtrissures intérieures?
Insurrection du verbe être

Il me faut reconnecter dans ma tête cette prise mâle-femelle, elle pourrait me faire gagner d’une simple illumination quatre milliards de moi-même.
Ils ont tué l'albatros

Apprendre l’arbre, derrière l’apparence de l’arbre. Apprendre le ciel d’hiver, le ciel d’été, sous le vernis du panorama. Sous l’homme blanc ou sous l’homme noir, libérer l’homme allégé. L’hommidée!…
Appel au possible
 

Pourquoi la littérature

La tendance amorcée depuis quelques années se confirme: notre catalogue accorde de plus en plus de place à la collection Littératures actuelles. Sans délaisser totalement les sciences humaines, il nous semble en effet que la littérature créative est actuellement plus à même de dire un monde complexe et sa rencontre (ou ses collisions!) avec une nature humaine qui y cherche sa place.

Toujours d'actualité

«Une langue morte n’est pas seulement une langue qui n’est plus parlée, ni écrite, c’est aussi une langue rigide qui se mire avec satisfaction dans sa propre paralysie. Comme le langage étatique, censurant autant que censuré. Acharné à remplir ses devoirs de maintien de l’ordre, il n’a d’autre désir ou dessein que d’entretenir l’expansion enivrante de son narcissisme exclusif et souverain. Bien que moribond, un tel langage n’est pas sans effet, car il contrecarre activement le fonctionnement de l’esprit, esquive la conscience, étouffe le potentiel humain.»
Toni MORRISON

«Voici que les hommes s’échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n’y a que le mystère de parler qui nous séparait d’eux.»
Valère NOVARINA

«Quand ils proposent aux éditeurs leurs premiers manuscrits, Samuel Beckett ou Claude Simon – pour citer deux auteurs qui recevront plus tard un prix Nobel de littérature – n’intéressent à peu près personne. Ils ne répondent pas, en effet, aux normes qualitatives agréées à l’époque. Les mérites qu’on finira par leur reconnaître seront évalués au regard d’une échelle que leurs œuvres auront elles-mêmes contribué à établir.»
Jérôme LINDON

«On n’écrit de livre "digne" que: 1) si l’on pense que les livres sur le même sujet ou sur un sujet voisin tombent dans une sorte d’erreur globale (fonction polémique du livre); 2) si l’on pense que quelque chose d’essentiel a été oublié sur le sujet (fonction inventive); 3) si l’on estime être capable de créer un nouveau concept (fonction créatrice).»
Gilles DELEUZE