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La Guérilla des poètes

André Bonmort

Un monde où faim ne s’écrit plus que « malnutrition ». Où misère ne s’écrit plus que « paupérisation ». Où travail s’écrit « production », et amour « relation ». Un monde où l’authenticité n’a plus sa place, où la poésie n’a plus droit de cité. Dans ce monde déshumanisé, la révolte des poètes couve, enfle, pour redonner aux mots leur véritable sens, pour rétablir la dignité.
Dans nos subconscients, dans nos rêves, la résistance s’organise. Puisque les jours leur sont interdits, des poètes, par milliers, prennent possession de nos nuits. Cette insurrection souterraine met ses pas dans les empreintes des grands aînés : Rimbaud, Césaire, Artaud… Elle dresse un portrait sans concession de notre temps et s’ingénie à puiser de nouveau des mots à la source des émotions. S’efforce de retisser notre lien avec le monde, qui s’est tellement étiolé. Nous incite à reprendre possession de nos vies.
« La chance enfin donnée au pan spolié de l’esprit, la réhabilitation des sens comme instruments de connaissance. »

André Bonmort a publié L’Âge de cendre (2008), Insurrection du verbe être (2009) et Appel au possible (2010), dans la collection Littératures actuelles des éditions Sulliver au sein desquelles il s'attache également, en tant qu'éditeur, à donner la parole à la langue insoumise.

Presse :
Je ne pensais pas qu’un tel livre global puisse s’écrire à notre triste époque. Encore moins qu’il soit publié. […] mais la collection Littératures actuelles (Editions Sulliver) est sans nul doute la seule où ce texte fulgurant ait pu paraître. Juste et féroce diatribe, oraison jaculatoire, arme de guerre en même temps que rêve de paix, plainte douloureuse mais lucide et digne, La Guérilla des poètes n’appartient à aucun genre connu. Je veux dire : répertorié. C’est précisément du poème qu’elle se rapproche le plus. Encore conviendrait-il de donner de ce terme une définition satisfaisante qui n’ait rien à voir avec celle des manuels scolaires, des universités officielles ou de la critique encartée.
Jacques Lovichi - La Marseillaise

Extrait :
Poètes maudits ! On nous a donné ce nom, par ici, lorsque nous avons commencé à dévider nos phrases. Pour les placards de l’exclusion, toute singularité est bonne à étiqueter. Si nous devons être mis à l’index, qu’au moins cette brimade se justifie, nous écrivons de plus belle, nous écrirons tant que brûlera notre chandelle. L’éveil est l’état naturel de l’homme, l’engourdissement son pire ennemi. Nous sommes les puisatiers de la mémoire perdue. Elle est retrouvée ! Quoi ? L’éternité ? La dignité ? La fraternité ? Qu’importent les concepts, pourvu qu’on ait leur caresse. Nous sommes les obscurs, au fond du bateau, mais naviguons sur une mer de mots. Notre fonction, sur le navire ? Nous sommes les rhumiers, les dispensateurs de l’ivresse. Vogue la galère ! Nous ramons de bon cœur, fendons l’eau de nos cadences imprévisibles dans l’espoir toujours renouvelé d’échapper au naufrage trop prévisible, mais si elle se trouble et hésite un moment, déboussolée, elle finit immanquablement par se résoudre en tourbillons, qui entraînent l’embarcation par le fond. Les femmes et les enfants d’abord ! Les hommes en dernier. Nous autres, éternels adolescents, on n’a pas prévu que nous puissions couler, nous ne sommes pas classés. Nous sombrons, nous ! Le résultat est à peu près le même, nous retrouvons en bas les autres épaves. Mais nous posons sur tout ce fatras de voiles, d’algues et de corps enchevêtrés un regard différent. Neuf ! Nous sommes sauvés ! Les mots sont les bulles de nos scaphandres, les phrases des cordons qui alimentent en air artificiel la boulimie de nos poumons. Bien sûr, il est irrespirable ! Nous arrachons d’un geste définitif l’encombrant appareillage. Sans parvenir à nous noyer ! Nous nageons en eaux troubles. Nous sommes visqueux. Nous poissons ! Une grève, enfin ! Une grève ! Dans l’obscurité glacée de la mer, nous venons d’entrevoir l’horreur de l’âge adulte. La peur seule nous a donné le courage de nous échouer. Cette île est à l’image de la vie qu’ils nous ont faite, nous avons le choix : ou bien nous manger les uns les autres, pour survivre un moment ; ou bien nous laisser mourir – mais pas ici ! – ; ou bien nous épuiser en signaux de détresse. Un Dieu nous entendra, peut-être. Mais ces vieilles idoles sont sourdes, nous ferons par nous-mêmes, nous nous efforcerons de réveiller les hommes. Revenez à vous ! Reprenez-vous ! Permettez-nous de nous dessaouler, nous voudrions vivre sans être obligés de boire pour oublier que vous vous oubliez ; oublier que vous avez vendu votre vie à tempérament au verbe avoir jusqu’à bientôt ne plus être, si ce n’est être soumis ; oublier que vous avez réglé votre pas sur le pas fringant du progrès jusqu’à franchir à sa suite le seuil de la souffrance indolore et de l’angoisse consentie ; oublier que vous vous êtes livrés pieds et poings liés à une ambition qui n’était pas la vôtre jusqu’à vous couper des racines qui vous nourrissaient. Reprenez-vous ! Réapprenez à vous écouter, réapprenez à parler au monde, et surtout à l’entendre ! Et cessez de le confondre, le monde, avec ce que vous en avez fait !


code EAN :
9782351220863


Paru le 05/04/2012
format 13x20
160 pages
14 euros


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