Appel au possible
André Bonmort
« Tu es – tu étais – dans le tigre, et le tigre se meurt…
Tu es – tu étais – dans la baleine, et la baleine disparaît…
Restera-t-il assez de toi, si une partie est soustraite à chaque espèce qui périt ? Es-tu assez solide pour supporter ces amputations ? »
Ce questionnement inquiet pourrait s’adresser à la Nature, à la Vie, ou encore à Dieu : il en appelle à une entité plus vaste encore qui les engloberait tous. L’enjeu de la survie de l’humanité et de son environnement est ainsi abordé à travers un singulier dialogue à distance qui s’interroge sur un destin dangereusement emballé et introduit non sans ironie la réflexion morale et écologique dans le processus d’évolution des espèces.
André Bonmort a publié L’Âge de cendre et Insurrection du verbe être aux éditions Sulliver au sein desquelles il s’efforce également, en tant qu’éditeur, de donner la parole à « la part fragile du monde ».
Extrait :
Si je demeure en éveil, et m’adosse au recul, et m'imprègne du point de vue de l'âme jusqu'à sentir en moi rouler le courant qui me roule, et si de surcroît je m'abandonne à la joie qui me traverse et me berce à la cadence entêtante de cette houle, alors m’envahit une irrépressible envie de féconder à nouveau l'espérance. Un puissant désir !
Un désir qui me ramène infailliblement sur la grève de mon premier moi-même, un désir primaire, ou primal, ou premier, qui resurgit pourtant si simplement, que je retrouve en simplement me retrouvant.
Alors, quand je n'étais qu'un seul grand corps, si l'on peut appeler « corps » ce magma indéterminé, cet organisme infini de chair non identifiée, quand j'étais plus qu'inséparable, inséparée, alors, je m'en souviens non sans frémir, je n'étais que désir.
Ce désir. Et cette chair. Chair primaire, elle aussi, ou primale, ou première. Non au sens de chair des premiers temps : chair primaire car fondatrice, car brute, car pure. Car tension fondatrice, car volonté brute, car énergie pure. Car désir !
Désir. Promesse d'aventure dans son premier devenir. Et chair en question, chair en gestation préparant, nourrissant en son sein la succession de possibles qui allaient la transformer, et aspirant de tout son être à ces changements – les désirant – sans pouvoir en imaginer ni la nature ni la variété, et sans pouvoir peser sur eux autrement que par l'intensité de son désir.
Chair désirante. Chair vibrante. Chair vivante ! Des élans d'une majestueuse lenteur parcouraient l'espace tout entier, mon corps tout entier, qui occupait tout l'espace, et ajoutait à l’espace, insensiblement, la connaissance de soi-même, à mesure que ces molles ondulations animaient la souple masse dont la matière allait accéder sans savoir encore le nommer au plaisir viscéral de se savoir exister.
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code EAN :
9782351220658
Paru le
18/06/2010
format 13x20
128 pages 12 euros
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